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Féminisme islamique: 13 raisons pour lesquelles l’islam n’est pas une religion sexiste

  • yleniamajo
  • 3 dic 2025
  • 7 Min. de lectura

L’expression « féminisme islamique » te paraît oxymorique ? Avoue-le : tu as été un peu secoué·e en lisant ces deux termes ensemble.C’est parce que l’idée Islam = femme soumise apparaît très vite dans notre esprit « occidental ». Le point principal de cet article est qu’il n’existe aucune corrélation directe entre cette religion et la soumission des femmes, et je vais t’expliquer pourquoi !


L’islam dans le monde

L’islam est pratiqué dans des pays aux zones géographiques très diverses: Indonésie, Afrique subsaharienne, Europe, Chine, Russie, États-Unis. Savais-tu que seulement 20% des musulman·e·s sont arabes? Comment pourrait-on penser que toutes les femmes musulmanes sont également opprimées simplement en raison de leur foi ?


Nous accordons une grande valeur aux échanges interculturels, et pourtant nous avons encore du mal à regarder les fidèles de l’islam sans nos préjugés. La religion fait partie des nombreux éléments qui composent une culture. La religion est culture. Donc oui, il est temps de comprendre la différence entre ce que les Écritures affirment réellement et ce qui relève des dynamiques historiques, politiques et culturelles d’un pays donné. Nous devons faire un peu la paix et l’amitié avec l’islam. Nous devons l’accueillir, le connaître de près, puis le retrouver avec un regard neuf.

Comprendre l’origine des systèmes de croyances erronés et stéréotypés, en tracer la généalogie, est essentiel pour pouvoir les renverser.


Index


  • La rhétorique de l’oppression

  • Une lecture genrée pour réformer le discours islamique

  • La première femme à diriger la prière du vendredi: Amina Wadud

  • L’esprit et le dessein général du Coran

  • Adam et Ève et tous les êtres humains viennent d’une même âme

  • Ève n’est pas la pécheresse

  • Tout être humain est chargé de contribuer à la société à partir de son âme

  • Le rôle des femmes dans le Coran

  • Hommes et femmes partagent le même potentiel spirituel

  • Distinguer contingences historiques et préceptes universels

  • Non, les femmes musulmanes ne doivent pas obéir à leur mari!

  • Le Coran suggère d’épouser une seule femme


La rhétorique de l’oppression

Sais-tu comment la rhétorique de « la femme musulmane opprimée » a été utilisée pendant la période coloniale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ?

Les colonisateurs européens ont construit un discours fondé sur l’opposition entre Occident et Islam, et l’incompatibilité supposée entre les femmes occidentales et musulmanes.Ainsi, l’idée du « devoir » de libérer les femmes musulmanes a été utilisée pour imposer un contrôle politique.

Et sais-tu quel impact cela a eu sur les mouvements féministes de ces régions ?

Cela a créé l’idée que féminisme et impérialisme culturel se confondaient : la domination impérialiste du tiers-monde passait par la subversion culturelle, notamment par la « libération » des femmes.Ainsi, l’émancipation féminine est devenue associée à l’ingérence des puissances coloniales européennes.

Résultat : les mouvements féministes ont été fortement contestés — non seulement à cause de la misogynie habituelle présente dans toute société — mais aussi parce qu’ils étaient accusés de trahir la patrie et les valeurs de l’islam.


Une lecture genrée pour réformer le discours islamique

Les mouvements féministes dans le monde musulman se sont développés selon deux grands axes : un axe laïque et un autre appelé féminisme islamique. Même si beaucoup d’activistes musulmanes ne se définissent pas comme « féministes », parce que le terme peut sembler néocolonial, leur objectif est de lire le Coran de manière analytique et approfondie, en développant une exégèse depuis une perspective de genre. Elles travaillent à réformer le discours islamique de l’intérieur, en critiquant les interprétations traditionnelles qui s’éloignent parfois du sens réel du texte sacré.


Nous devons prêter attention à quelque chose: chaque fois que nous lisons un texte, nous l’interprétons à travers notre vision du monde, façonnée par la société, nos expériences, notre personnalité, et même notre inconscient. C’est intuitif, n’est-ce pas ? Pendant des siècles, l’interprétation des Écritures a été réalisée exclusivement par des hommes. La perspective féminine a donc disparu, et la misogynie de leurs sociétés a été transférée dans le champ du sacré.

Le caractère sacré donne une forte légitimité à certaines affirmations, ce qui a renforcé les préjugés sexistes diffusés par les religions patriarcales. Aujourd’hui encore, c’est important : même dans un État laïque, certaines normes catholiques continuent de nous influencer culturellement ; nous les avons internalisées. Et c’est important aussi parce que nous devons apprendre à distinguer entre spiritualité authentique et ce qui a été ajouté par les êtres humains.



La première femme à diriger la prière du vendredi: Amina Wadud

“The Qur’an and Woman” d’Amina Wadud est un livre qui m’a énormément fascinée car il explique clairement et simplement le dessein universel et, l’esprit, du Coran, tout en montrant avec finesse les erreurs interprétatives des exégètes traditionnels, qui en ont tiré des enseignements misogynes à leur avantage.


Je te présente cette femme, considérée comme l’une des figures majeures du féminisme islamique. Amina Wadud est née en 1952 à Bethesda, dans le Maryland. D’origine chrétienne, elle se convertit à l’islam en 1972. Elle se spécialise en études arabes et islamiques, et en études du Proche-Orient. Plus tard, elle approfondit l’arabe, la théologie et la philosophie à l’université d’Al-Azhar au Caire. En 2005, elle devient la première femme à diriger la prière du vendredi en tant qu’imam, devant des hommes et des femmes, défiant ainsi les interprétations réservant ce rôle aux hommes. Wadud pratique un tafsîr genré : une interprétation du Coran guidée par une perspective de genre. C’est une méthode holistique qui analyse le Coran dans son ensemble et dans ses contextes social, moral, économique et politique




L’esprit et le dessein général du Coran

Voyons quelques éléments fondamentaux de la vision coranique du monde.Cela t’aidera non seulement à comprendre pourquoi l’islam n’est pas une religion sexiste, mais aussi à t’en rapprocher et à t’éloigner des représentations trompeuses des médias.


Mais d’abord un détail important: Le mot Allah signifie simplement Dieu en arabe.C’est le même Dieu que celui des chrétiens et des juifs, puisque l’islam est compris comme la troisième religion monothéiste; Jésus est l’un des prophètes et Muhammad le sceau des prophètes. Traduire ce nom comme s’il désignait quelque chose « d’autre » ne fait qu’accentuer la distance entre nous et les croyant·e·s musulman·e·s.


Adam et Ève et tous les êtres humains viennent d’une même âme

Selon le Coran, tous les êtres humains proviennent du même point d’origine : la même nafs (âme).Dieu a créé Adam et Ève à partir d’une seule âme et en a créé son zawj (époux/épouse).Nafs signifie être humain, âme ; ce n’est pas un terme masculin.

Que signifie « de celle-ci, Il créa son époux/épouse » ? Cela renvoie à la nature duelle de la création : tout dans la nature est créé par paires.Chaque membre de la paire existe en relation avec l’autre et est tout aussi essentiel.

Le masculin et le féminin sont des caractéristiques essentielles de l’humanité, mais pas des rôles assignés.


Ève n’est pas la pécheresse

L’histoire coranique du Jardin diffère de la version biblique : le Coran affirme que Adam et Ève désobéirent tous les deux à Dieu.La responsabilité repose sur les deux, et non sur Ève seule ou sur le genre féminin.


Tout être humain est chargé de contribuer à la société par son âme

Le but du Coran est de guider l’humanité vers certaines actions, vers la pratique de la foi, pour laquelle iels seront récompensé·e·s et vers la reconnaissance de vérités essentielles.

Le Coran ne fait aucune distinction entre hommes et femmes en termes de création, d’objectif ou de récompense. L’un de ses plus beaux messages est que chaque être humain, indépendamment du genre, est chargé de contribuer au développement de l’humanité en commençant par la transformation de son âme.


Le rôle des femmes dans le Coran

La vision coranique des femmes a été influencée par les idées culturelles dominantes de moments historiques particuliers.Ainsi, l’expérience féminine a souvent été exclue ou interprétée à travers des perspectives masculines. Mais, comme le dit Wadud, le Coran doit être analysé à la lumière du changement social. Le Coran reconnaît la capacité biologique des femmes à la reproduction, mais pas nécessairement à l’éducation ou au soin.Donner naissance est important, mais ce n’est pas la seule tâche liée aux femmes.Les hommes doivent respecter la fonction des femmes : c’est le principe de Qiwâma, agir pour qu’elles ne soient pas surchargées.


Les figures féminines du Coran représentent la quête humaine sur terre. Leurs rôles ne sont pas liés au genre, mais à leur contribution spirituelle. Exemples :

  • Marie est décrite comme « l’une des dévouées de Dieu » ; sa valeur dépasse son genre.

  • La mère de Moïse reçoit une révélation divine (Wahî).

  • Aucune femme n’a reçu la Risâla (être messagère pour toute l’humanité) pour des raisons historiques : elles n’auraient pas été respectées ni crues à l’époque.

  • Bilqîs, la reine de Saba, est louée pour sa sagesse politique et religieuse.


Hommes et femmes partagent le même potentiel spirituel

Le Coran mentionne des différences fonctionnelles dans la société mais ne définit pas rigidement les rôles de genre. La relation entre l’individu et Dieu n’est pas exprimée en termes genrés. Le terme utilisé est nafs, avec ses propres responsabilités et récompenses. La personne la plus noble est celle qui possède le plus de Taqwa, piété, conscience de Dieu.


Distinguer contingences historiques et préceptes universels

Le Coran a été révélé dans un contexte historique et social particulier: l’Arabie au temps du prophète Muhammad. Il répondait à des problèmes moraux et sociaux concrets de son époque.


Ainsi, une double démarche interprétative est nécessaire:

  1. Depuis le particulier : étudier le contexte historique pour comprendre un verset.

  2. Vers l’universel : en tirer une leçon morale et sociale générale.


Un exemple concret :Le voile.Le Coran établit un principe général de modestie.Mais le voile et la ségrégation des femmes dans l’Arabie du VIIᵉ siècle étaient simplement des expressions culturelles et historiques de ce principe.


Non, les femmes musulmanes ne doivent PAS obéir à leur mari

Entrons dans les passages les plus controversés. Dans le verset 4:34, il est écrit que les hommes doivent admonester, éloigner dans le lit et frapper les femmes qui perturbent l’harmonie conjugale. Le Coran donne-t-il réellement au mari le droit de battre sa femme si elle désobéit ? Absolument pas.Il faut être très attentif·ve : ces passages ont été révélés à un moment historique particulier et exprimés dans un langage adapté à ce contexte. Une erreur majeure a été de transformer des solutions à des problèmes spécifiques en préceptes universels. Une lecture misogyne contredit l’essence du Coran et la pratique du Prophète. Le texte coranique impose des limites à des comportements violents déjà existants ; il ne les légitime pas.


Le Coran suggère d’épouser une seule femme

Il en va de même pour la polygamie: le Coran voulait limiter et réguler une pratique préexistante.Il ne pousse pas à épouser plusieurs femmes ; au contraire, il conseille d’en épouser une seule, reconnaissant la difficulté de traiter plusieurs épouses avec justice.


Pour conclure, le processus d’interprétation doit être poursuivi à l’infini, car ce n’est qu’ainsi que la sagesse du Coran peut se déployer pleinement.


Merci pour ta lecture.

À bientôt,

Ylenia

 
 
 
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